Grande distribution de plus en plus grande en Afrique

Qui voyage sur le continent africain depuis plusieurs années ne peut qu’être frappé dans certaines villes par le changement qui s’opère dans la multiplication des supermarchés. Les marchés traditionnels sont toujours là mais les grandes surfaces sont maintenant très visibles à Abidjan tout comme à Dakar. J’ai pu refaire un point récemment  sur la grande distribution et ses opportunités pour la production locale à la demande d’Interreseaux pour la revue Grain de sel. C’est à lire ici.

Deux modes de consommation se côtoient dans les grandes villes africaines :  marchés traditionnels vs supermarchés avant le développement de la livraison à domicile.

Retour sur les Africa Days de SOS SAHEL en Images

C’était début Mai 2018 au Sénégal

Il y a quelques semaines, un workshop au coeur de Dakar et sur le terrain qui nous a permis de rencontrer des acteurs d’initiatives de développement et des entreprises actives dans différents secteurs de l’agriculture et de sa préservation et son développement. C’était lors les Africa Days de SOS Sahel dont le thème était : Sahel : cap vers une agriculture familiale. Comment assurer une valorisation des potentiels locaux ? Quelles coalitions d’acteurs pour bâtir avec les communautés un avenir durable ? 

j’ai eu le plaisir de modérer une des deux tables rondes consacrées aux partenariats

Ce qui liait tous les intervenants ? L’envie de bien faire, de manière durable et aussi efficace. Juste un focus sur cette envie des ENTREPRENEURS que j’ai rencontrés ces jours-là. Souvent les entreprises se sont construites au début sur fonds propres, elles se sont montées à force de conviction, de travail et de volonté. Parfois, les chefs d’entreprises cherchent à se développer et grâce à une entrée au capital réussissent-ils à le faire. D’autres sont en questionnement et hésitent à frapper à l’une ou l’autre porte pour assurer ce développement nécessaire pour répondre à la demande croissante.

Faciliter l’accès aux financements de ces acteurs-là est d’une grande importance car ces entreprises fournissent de l’emploi, construisent un maillage socio-économique local et formel et répondent à la demande locale et régionale (voire internationale) en produits frais ou transformés.

Une Vidéo/Résumé des Africa Days est à visionner là 

La vie à la ferme au Sénégal

Quand tu viens de passer deux jours dans une entreprise agricole au Sénégal et que tu te dis « mais il a tout compris cet entrepreneur ».

  Des dizaines de tisserands 

Ma dernière étude de dossier stratégie et recherche de financements m’emmène donc en ce mois de juillet au Sénégal à une cinquantaine de km de Dakar, au calme dans une zone d’une quiétude qui ferait rappliquer tous les yogis en manque de zénitude en ce début d’été parisien qui cogne.

Rencontrer un entrepreneur passionné, c’est boostant, c’est revigorant. Et en agricole, rencontrer un entrepreneur qui travaille avec la même passion dans le secteur depuis qu’il est haut comme trois pommes, c’est impressionnant. Il a tout investi dans sa passion, son temps, ses loisirs, son argent économisé durant sa carrière professionnelle en parallèle… Et quelle belle réussite. Un lieu où il y a des parcelles cultivées, des filaos plantés (rôle de brise vent), des arbres de toute sorte comme des cocotiers, des citronniers, des manguiers (car l’entrepreneur l’avoue il aime les arbres) … et des animaux, des poulets bien sûr mais aussi des varans de plus d’un mètre (!), des oiseaux tisserands (la vidéo) … La ferme a été construite pas à pas grâce à une réelle expertise et … en 6 ans, c’est une entreprise agricole qui produit et vend des poulets (plus de 100 000 poulets de chair annuel), des fraises (60 Tonnes par an) et quelques autres fruits et légumes. Avec sa femme, infirmière de formation, aux commandes de la partie commerciale, ils forment un duo de choc. Lucky you, vous qui résidez au Sénégal et qui pouvez en saison manger de ces fraises-là. J’ai dégusté les toutes dernières de la saison qui se termine, c’est excellent !

 Poussins en couvoir

 

 Productions irriguées

C’est une de ces fermes qu’on aimerait voir partout sur le continent, propre, bien organisée, réfléchie. Une ferme familiale de polyculture élevage qui devrait être un modèle à répliquer pour approvisionner un marché local en demande de produits de qualité. Une ferme à soutenir pour l’aider à passer le cap de la recherche en fonds de roulement et effectuer encore certains investissements .

Marie-José Neveu Tafforeau – Juillet 2018 – près du Lac Rose,

Quand le Sahel est source d’opportunités !

Tout récemment rentrée des Africa Days de SOS Sahel organisés à Dakar au Sénégal, les 4 et 5 mai 2018, je souhaite partager mon enthousiasme sur les actions de l’ONG et les opportunités entrepreneuriales qui en découlent (évènement organisé par Irène Serot Almeras, Efiscens). SOS SAHEL c’est une ONG qui a 42 ans d’activité, créée en 1976 par le président Léopold Sedar Senghor et qui intervient dans le renforcement de la sécurité alimentaire et nutritionnelle sur toute la bande sahélienne du Sénégal à Djibouti. Les points forts de l’ONG est une forte présence sur le terrain auprès de 1000 organisations.

L’important pour SOS SAHEL est de développer des systèmes agricoles durables en valorisant les productions locales. Et grâce à cela, quelles belles opportunités ! Quand on regarde le marché de la gomme arabique, au Tchad qui représente 30 % des revenus du pays ; Quand on regarde la richesse des Niayes au Sénégal, véritable jardin maraîcher du pays avec plus de 70 % de la production maraîchère ; Quand on regarde le marché du fonio, céréale traditionnelle du Mali et Sénégal de plus en plus prisée en Europe et USA car céréale sans gluten, on se dit que le Sahel regorge de belles opportunités de marché. Pour cela il y a des structures comme SOS SAHEL avec leurs partenaires comme Danone, Groupe Accor, Firmenich, Nexira, l’AFD, l’UE, le gouvernement princier de la principauté de Monaco et bien d’autres qui mettent en place des stratégies pour le maintien des productions, pour l’augmentation des rendements, pour limiter la désertification, pour lier les groupements de producteurs aux marchés export, etc.

 Filaos dans la zone des Niayes

Toute cette alchimie, je l’ai découverte aussi sur le terrain en rencontrant des producteurs de mangues qui peuvent augmenter leur revenu en étant liés à des exportateurs, en voyant les plantations de Filaos qui permettent de stopper la désertification et permettre la production maraîchère, en voyant les bénéfices des acacias blancs en terme de régénération des sols.

 Vers Lompoul, grâce à la fixation des dunes, les fruits et légumes continuent à être produits dans la zone

Et toute cette alchimie fonctionne aussi grâce à des entrepreneurs qui eux sont en bout de chaîne et recherchent encore souvent des financements pour lancer et faire grandir leur entreprise à partir des productions locales.  Que cela soit dans la transformation des céréales ou des fruits ou la production de beurre de karité ou encore l’export de fruits. La table ronde que j’ai modérée faisait bien ressentir l’importance du financement des partenariats afin que chacun dans la chaîne de valeur puisse bénéficier de ces opportunités. Les entrepreneurs doivent non seulement être inventifs en démontrant l’originalité et la solidité de leur business modèle, ils doivent aussi être innovants et patients pour trouver des solutions de financement. Car des outils financiers existent souvent mais les entrepreneurs ne savent pas toujours comment y accéder.

Marie-José Neveu Tafforeau

5 conseils clefs pour trouver des fonds lorsque l’on est entrepreneur en Afrique

 

Vous avez une activité en Afrique subsaharienne, vous cherchez des fonds pour la développer car vous avez une augmentation des commandes, la nécessité de moderniser l’outil de production, mettre en place un outil de transformation … alors voici 5 étapes à suivre avant de contacter directement un fonds où vous adresser à un bureau de conseil  qui peut vous aider.

1  Etre très clair dans vos besoins

Vous connaissez parfaitement la problématique, pourquoi vous souhaitez investir, quelle est l’innovation qui va vous permettre de bien développer votre entreprise, quels marchés vous ciblez, … Vous savez répondre à la question : Avec cet investissement, quel est le problème auquel je réponds ?

2  Connaître le marché et les perspectives

Vous avez ciblé votre marché, les volumes de commandes sont connus et les volumes à l’avenir bien identifiés. Vous connaissez vos concurrents. Vous pouvez justifier la croissance du marché identifié.

3 Savoir décrire les points forts de l’équipe et avoir identifié les besoins en RH

Votre équipe actuelle nécessite de changer et de grossir pour mettre en place le projet. Vous connaissez les points forts de vos collaborateurs, vous connaissez les profils des futurs collaborateurs qui devront rejoindre l’équipe actuelle.

Disposer des devis des équipements et infrastructures à financer

Vous disposez des devis du matériel que vous devez acquérir. Vous disposez de devis des infrastructures que vous devez construire.

5 Avoir une idée du type de financement recherché

Suis-je à l’aise pour ouvrir le capital de mon entreprise ? Je préfère recourir à la dette ? Et si un partenaire technique était le bienvenu ?

Un vent de jeunesse …

Ils sont jeunes, audacieux, ils se lancent… Ces entrepreneurs représentent cette nouvelle génération, pleine de ressources et d’idées qui pourrait bousculer positivement l’environnement entrepreneurial africain. Très médiatisés, invités de nombreux colloques, ne sont-ils pas pourtant qu’une petite minorité qui cache toujours le sous-emploi chronique des jeunes en Afrique ? 

Egalement publié dans le blog de la Fondation Farm et dans le journal Spore du CTA

Et si la boisson la plus consommée au monde devenait africaine ? Tel est le slogan (et sans doute l’ambition) des fondateurs de Bana-Bana[1], entreprise de production et distribution de jus de fruits fabriqués au Sénégal. Il faut aller dans le 18ème arrondissement de Paris pour rencontrer Youssouf et Mamadou Fofana, 55 ans à eux deux. Ces derniers viennent d’ouvrir leur boutique, Les oiseaux migrateurs, qui rassemble leurs premiers projets : Bana-Bana (distribution de Bissap dans un premier temps) et Maison Château rouge (ligne de vêtements en wax). Car c’est bien un projet global dans lequel ils se lancent, un projet visant à faire connaître les possibilités du continent africain en les « marketant » correctement. Pour Bana-Bana, le bissap est entièrement fabriqué et embouteillé au Sénégal, en partenariat avec Esteval, dans une usine qui emploie une dizaine de personnes, l’approvisionnement en hibiscus se faisant auprès de 800 femmes de la région de Thiès et Kaolack. Bana-Bana connaît un franc succès notamment par la vente à travers des évènements parisiens, ce qui amène les créateurs à se poser la question de l’augmentation de leur capacité de production.

Isolée, cette initiative ? Non. Il n’y a qu’à parcourir la presse.

Avec la population la plus jeune du monde, le réservoir d’entrepreneurs en puissance est particulièrement important sur le continent africain. Dans un rapport récent de l’OCDE[2], la population africaine est estimée à 1,2 milliard en 2016, avec une prévision à 1,7 en 2030 et 2,5 en 2050, soit un quart de la population mondiale. La jeunesse africaine représente plus de 60 % de cette population et les 15-24 ans sont déjà plus de 200 millions aujourd’hui. Dans vingt ans, ils seront 350 millions. D’après la dernière enquête Ipsos Africap axée particulièrement sur la jeunesse en Afrique, les 15-24 ans aspirent à « s’instruire, travailler, consommer, se divertir, bénéficier de l’électricité et d’internet à volonté », comme le mentionne Florence de Bigault dans une interview donnée au Point Afrique. Mais l’enquête (menée auprès de 1 816 répondants) a montré aussi que cette jeunesse n’attend rien des gouvernements et préfère dessiner son avenir par elle-même à travers l’entrepreneuriat et l’innovation. Le 13 juin dernier, lors de la 5ème conférence de l’African Business Lawyers’ Club, à Paris, Ndidi Okonkwo Nwuneli, fondatrice d’AACE Foods, au Nigéria, insistait sur le fait que l’Etat devait laisser les entreprises se monter, sans proposer des appuis ponctuels qui sont sources de distorsion et sont in fine dangereux lorsqu’ils disparaissent. CQFD.

SMLXL

Equipe de Green Agri Nova au Togo une entreprise de production, transformation et exportation agricole. 

Alors la recette serait de laisser les jeunes se lancer dans l’entrepreneuriat… Mais est-ce aussi simple que cela ? Pas tout à fait, car le financement est aussi le nerf de la guerre. Des solutions existent, comme en témoigne Aïssata Diakité, fondatrice à tout juste 27 ans de ZABBAN Holding.

Aïssata Diakité fait partie de cette jeunesse audacieuse. Née au Mali, elle part faire des études supérieures en France en agrobusiness et là, le déclic se produit : l’envie d’entreprendre pousse cette jeune femme sur le chemin de la création. Son entreprise de conseils, de production et de commercialisation de jus de fruit nutritionnel au Mali sera lancée en juillet 2016. Son credo est d’oser, de s’entourer de conseillers – notamment de Gyin (cf. plus bas) et d’Entrepreneurs en Afrique de Campus France, qui apportent conseils, études en recherche et développement, appui technique, étude de faisabilité et un prêt d’honneur – et surtout de partager son expérience. Pour les financements, il aura fallu frapper à plusieurs portes : un fonds de développement de la Banque mondiale et un fonds de garantie de l’African Guarantee Fund. De plus, la mobilisation des fonds propres aura permis d’obtenir des crédits, en complément d’un prêt d’honneur.

Coaching et formation sont les deux autres nerfs de la guerre. On voit fleurir des incubateurs, des labs, des startup weekend ou des startups bus où au cours d’un périple en bus, ponctué de rencontres avec des entrepreneurs inspirants, les créateurs en herbe affinent leurs projets en groupe. Ces lieux d’innovations et de partages existent aussi en virtuel, notamment avec le Global Youth Innovation Network (Gyin[3]), un réseau international de jeunes aux services des jeunes adossé à l’université de Columbia, aux Etats-Unis, et à des organisations internationales comme le CTA ou le FIDA (Fonds international de développement agricole). Gyin intervient également dans la négociation de prêts pour les jeunes au moment de la création d’entreprises, ce qui permet d’obtenir des taux plus attractifs. De  même, l’International Trade Center, à Genève a lancé, fin 2015, un cours en ligne (en anglais) destiné aux jeunes souhaitant se lancer dans le montage d’une PME. Enfin, la Tony Elumelu Foundation, qui propose aussi un programme d’entrepreneuriat sur 12 mois[4] et a l’ambition de créer 10 000 startups en 10 ans, initie régulièrement des « Agribusiness Twitter chat ». Il s’agit d’un lieu de discussion, durant une petite heure, avec un spécialiste de l’agrobusiness. Le dernier en date (Agripreneuship in Africa) s’est déroulé le 18 juin avec Calestous Juma, professeur spécialiste en développement international à Harvard.

2 jeunes actifs sur 3 ne sont pas formés efficacement

Cette effervescence d’initiatives ne doit pas toutefois cacher qu’en 2014, près de 37 % des 199 millions de chômeurs dans le monde étaient des jeunes, selon l’OIT[5]. En Afrique subsaharienne, les taux de chômage restent relativement faibles car la grande majorité des jeunes ne peut pas se permettre de ne pas travailler, mais ces jeunes se retrouvent en situation de sous-emploi et n’ont pas de travail décent. Et la situation peine à changer en raison de la piètre formation des jeunes Africains : deux-tiers d’entre eux ne possèdent pas le niveau d’instruction nécessaire pour travailler de manière productive. Encore moins pour entreprendre !

On espère voir émerger beaucoup de Ndidi, d’Aïssata ou de Mamadou et Youssouf, des entrepreneurs qui pourront aussi être vecteurs d’emplois et à l’initiative de filières de production rentables et durables. Des entrepreneurs inspirants pour leur génération, mais pas seulement. MJNT

[1] En wolof, Bana-Bana veut dire « pour moi, pour moi », nom donné aux marchands ambulants des rues au Sénégal.

[2] Perspectives économiques en Afrique 2016, http://dx.doi.org/10.1787/aeo-2016-fr

[3] http://www.gyin.org/

[4] http://tonyelumelufoundation.org/teep/

[5] Tendances mondiales de l’emploi des jeunes 2015

 

La poussée de la grande distribution en Afrique

Il régnait une effervescence ce 5 janvier 2018 à Abidjan dans l’un des grands supermarchés de la ville.

Comme étudié il y a un an et publié dans la note de la Fondation Farm en mars 2017 (lire ici & reportage radio RFI ici), la grande distribution sur le continent et particulièrement en Afrique de l’Ouest est bien accueillie par les consommateurs. Des prix plus bas grâce à la concurrence en place et aussi des lieux agréables où les urbains aiment flâner.

Et aussi un approvisionnement en produits frais auprès des producteurs, pécheurs  et éleveurs locaux, une opportunité certaine pour faire se rejoindre filières locales de qualité et circuits courts.